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Causes et conséquences de la pauvreté à Malem-Hodar

mardi 13 mai 2008, par Sophie Hardenne

Les causes et les conséquences de la pauvreté à Malem-Hodar (et plus largement au Sénégal)

En 10 jours d’essai d’immersion dans ce village du centre du Sénégal, il nous est apparu une série de problèmes rendant la vie des habitants difficile. Ces problèmes sont souvent en même temps cause et conséquence de la pauvreté, de telle manière que nous pouvons réellement parler d’un cercle vicieux de la pauvreté. 10 jours, c’est évidemment peu pour appréhender toute la problématique du développement et ce qui suit ne se veut ni exhaustif ni complètement exact. Il s’agit simplement de constations, d’observations (avec les lunettes de l’Occidental).

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Quartier pauvre à Kaolack

1) Le climat : nous sommes à la limite de la zone sahélienne. On sent très bien que le désert « avance ». Vent sec, sable partout, moins de pluie constatée chaque année.

2) Ce climat est évidemment dommageable pour l’agriculture. Or, la majorité des habitants de Malem vivent des récoltes. A cause du manque de pluie, la période de jonction entre 2 récoltes est de plus en plus longue ce qui fait craindre, pour cette année, une période de manque de nourriture d’ici 2 mois.

3) La plupart ( ?) des agriculteurs ne sont pas propriétaires des terres et sont soumis aux lois du marché et à la spéculation (sans subventions ?).

4) Les 2 cultures principales sont l’arachide (colonialisme) et le mil qui sont des cultures à cycle long. Le changement vers des cultures à cycle court comme le manioc semble intéressant mais la population ne ressent pas encore le besoin de changer. Probablement n’ont-ils pas non plus les moyens de changer.

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5) Cette résistance au changement se constate encore dans d’autres aspects de la vie Une forme de fatalisme -qu’on retrouve chez les Musulmans (Inch’Allah) mais aussi chez les Chrétiens (en tout cas pour le seul que nous ayons rencontré !)- se ressent dans les paroles mais aussi dans les actes.

6) Est-ce également cette résistance au changement et l’imprégnation de la religion qui maintient encore les femmes dans une certaine soumission ? En tout cas, la polygamie (tolérée mais non instituée par l’Islam) est ressentie par beaucoup d’entre elles comme une forme de chantage qui les empêche de s’exprimer. Les femmes, qui sont encore trop souvent considérées uniquement comme mères, se marient souvent très jeunes (15-16 ans) ce qui ne leur permet pas toujours de poursuivre des études. Or, tous les rapports sur le développement le montrent : l’éducation des filles est primordiale dans le processus de développement. Ces deux aspects (polygamie, mariage jeune) se rencontrent même chez les gens lettrés c’est pourquoi on peut vraiment parler du poids de la tradition.

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Kaolack

7) La grande religiosité des gens les pousse parfois à préférer l’école coranique pour leurs enfants (principalement garçons) ce qui est un frein à l’alphabétisation et encourage le travail des enfants (souvent ils travaillent sur les champs du maître de l’école).

8) Nous avons parlé du secteur primaire. Voyons le secondaire et le tertiaire. A priori, on retrouve ces activités principalement dans le secteur informel. Si elles permettent la survie des gens, elles ne rapportent rien à l’Etat (à l’échelle du Sénégal, le problème est très important). Si l’Etat n’a pas de rentrées, il ne sait pas non plus faire tous les investissements nécessaires : écoles, hôpitaux, routes, approvisionnement en eau et électricité, …) (détails aux points ci-dessous).

9) Les écoles : manque d’entretien des bâtiments, de construction de nouvelles classes, classes surchargées, manque de livres scolaires. Manque d’investissements dans l’enseignement technique et professionnel ainsi que dans les écoles supérieures non universitaires qui appartiennent au secteur privé (et coûtent donc trop cher pour la plupart des gens). Les conséquences sont un manque de bons techniciens dans le pays et une pléthore d’universitaires qui pour certains quittent le pays (fuite des cerveaux) et pour d’autres, se retrouvent sans emploi.

10) Les hôpitaux : C’est évidemment le mauvais état du centre de santé qui retient l’attention. Vétusté du bâtiment, manque de matériel, …

11) Les routes : A Malem, pas de routes en dur (heureusement pour les touristes que nous sommes, malgré tout, mais …) et de Malem à Kaolack, routes en très mauvais état. A titre d’exemple, pour faire les 300km qui séparent Dakar de Malem, il faut compter entre 8 et 10h !). Ceci est évidemment un frein aux communications efficaces et donc au développement. L’état des routes n’est pas seul en jeu, : il y a aussi la vétusté du parc automobile.

12) Les moyens de transports : archaïsme (charrettes tirées par un cheval), parc automobile vétuste, pas de train s’arrêtant à Malem. Tous ces problèmes de transport provoquent une dispersion des familles qui ne peuvent vivre sous le même toit si leurs occupations professionnelles ou autres les mènent dans des villes différentes.

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Enfant jouant à Dakar (2007)

13) Beaucoup de coupures d’eau ou d’électricité sans que l’on sache pour combien de temps.

14) « Le temps, c’est de l’argent ». Si notre adage occidental a un sens, on s’inquiète de voir le temps perdu tous les jours dans des attentes interminables. Les problèmes cités en point 11 et 12 n’y sont pas étrangers, mais aussi le fatalisme. Mais on peut dire aussi : « Les Suisses ont les horloges et les Africains ont le temps ». Et Nous ne pouvons que nous demander si notre stress permanant d’occidental et notre course après le temps ne sont pas tout simplement vains.

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Football national

15) La mortalité est encore importante ce qui condamne des enfants à être orphelins jeunes. Si la solidarité africaine fait que la famille élargie s’occupe des enfants, certains se retrouvent seuls. Les grandes sœurs appartiennent à la famille de leur mari et habitent souvent loin. Les grands frères qui en ont l’occasion étudient à Dakar et ne sont donc pas présents non plus. Certains jeunes sont donc obligés de travailler pour survivre et sont très méritants de continuer leurs études.

16) Déchets : non collectés, ils « fleurissent » un peu partout. Si il y a quelques années encore, ceux-ci étaient principalement organiques et donc sans danger particulier, aujourd’hui, il s’agit de sacs en plastiques, canettes, papier, … Certains posent un problème de pollution des sols, d’hygiène,et rendent les animaux malades.

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Futur lion de la Téranga

Nous pouvons quand même remarquer quelques points encourageants :

  • M-H va devenir chef-lieu de département ce qui lui permettra d’obtenir plus de moyens.
  • Progrès au niveau du centre de santé : « nouvelle » ambulance, médecin attendu.
  • Volonté de la population et des jeunes pour s’en sortir.
  • Les jeunes sont conscients que l’école est importante ;
  • De plus en plus d’enfants ont accès à l’école.
  • De plus en plus de ponts entre les écoles d’Etat et les écoles coraniques.
  • Dynamisme des habitants qui s’investissent dans une série d’associations.
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Séance de travail (CEM Malem-Hodar)

Ce qui risque de ne pas s’arranger dans le futur :

  • Le climat : le réchauffement climatique a des conséquences dramatiques pour toute cette région d’Afrique. Il en va de notre responsabilité aussi.
  • Les déchets : Les pays d’Afrique sont des marchés émergents et donc la cible des multinationales. Aujourd’hui, la croissance économique ne se trouve plus en Europe mais dans les pays en voie de développement. Ces pays commencent donc à consommer le même type de produits que nous. Par exemple, les langes jetables, catastrophe pour l’environnement. Les quantités ne sont pas encore les nôtres mais …Certains produits que nous voulons limiter chez nous s’implantent en force chez eux (sacs en plastique, cigarettes). Multinationales bien implantées : Nestlé (Nescafé, lait en poudre), Maggi, Marlboro.

Portfolio

Boulanger à Malem-Hodar (janvier 2007) Marché dominical à Malem-Hodar Marché Poivrons
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