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De l’eau à Hodar (suite)

mardi 30 mars 2010, par Fabienne Laloux

Il est 5h du matin, dans une case à Hodar…c’est ma première nuit au village depuis quelques mois et le cri des ânes m’a tirée de mon sommeil comme à l’habitude.

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60 mètres de fond en saison sèche

Mais quelque chose a changé…j’attends quelques minutes…le silence est toujours présent. A 5h30, le muezzin commence à chanter l’appel à la prière du petit matin et…toujours pas une femme dehors.

A cette heure, j’ai l’habitude de les entendre discuter et rire en allant au puits, mais cela ne fait plus partie des habitudes du village. Depuis mai dernier, un château d’eau a été construit dans le village grâce a la coopération saoudienne et depuis fin décembre, l’eau a commencé a coulé des quelques robinets du village.

En plus des robinets, un abreuvoir a été prévu pour le bétail. Ainsi peu à peu, les flaques et la boue autour des puits ont séché, et le niveau d’eau est remonté vers la surface. Alors qu’il fallait auparavant 3 femmes pour remonter un seau, il suffit maintenant d’actionner un robinet pour obtenir l’or bleu si prisé.

Les femmes se disent beaucoup moins fatiguées. Quand on pense à la consommation d’eau, on pense instinctivement aux quelques litres d’eau nécessaires à la consommation personnelle pour boire mais les bassines portées par les femmes étaient aussi consacrées à la cuisine, à la vaisselle, la lessive, la toilette de la famille et au lavage des bêtes.

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Les bassines à remonter se comptaient par dizaine chaque jour et une fois puisées, il fallait encore les acheminer sur la tête jusqu’aux maisons. Les corps fatigués des femmes, des plus jeunes aux plus âgées, supportaient ainsi cette charge sans relâche. Les mains des femmes qui vivent dans un village sans eau courante sont d’ailleurs très reconnaissables. Elles ont des paumes très dures et très calleuses à cause de la corde qui brûle les mains. Elles se plaignent aussi souvent de problèmes de dos.

Désormais, les corps peuvent se reposer et certaines vont même jusqu’à dire qu’elles n’ont plus besoin d’une deuxième femme (la polygamie est très courante au village) puisqu’elles ne ressentent désormais plus la nécessité de partager les tâches ménagères quotidiennes avec une coépouse.

Cette corvée est donc de l’histoire ancienne et même si l’eau a désormais un coût (chaque bassine remplie coûte 25 fcfa), toutes les femmes ont désormais fait le choix d’aller au robinet. Et ce ne sont pas les élèves qui s’en plaindront ! Les filles, avant d’aller à l’école, étaient aussi chargées de ramener de l’eau. En plus, il n’était pas possible de boire de l’eau ou de se rincer après les cours d’éducation physique, malgré la chaleur. L’eau a donc apporté beaucoup de confort aux élèves.

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Robinet devant l’école

C’est d’ailleurs grâce au financement de Malem-Auder que l’école s’est dotée de 4 robinets. Cette eau a permis d’entamer tout dernièrement le projet potager. Chaque jour, les élèves remplissent une trentaine de bidons jaunes de 20 litres et les transvasent dans un grand bassin. Ce bassin sert à remplir les arrosoirs pour donner de l’eau aux aubergines, tomates et autres légumes déjà plantés.

Ce projet, destiné à financer les fournitures scolaires, n’aurait jamais été possible sans eau courante.

Et en plus de tout cela, le stockage de l’eau dans un château d’eau diminue sensiblement les risques de contamination et de maladies dues aux germes.

Et parce qu’une image vaut mieux que mille discours…voilà une photo d’un des puits principaux du village…désormais fermé, comme tous les autres.

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Le puits fermé !
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