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L’assassinat de Lumumba remis sur le tapis en Belgique

mercredi 23 juin 2010

Certains morts sont insubmersibles. Même après un demi-siècle, ils finissent par revenir à la surface. Par empoisonner le présent, hypothéquer l’avenir. Rendre incontournable la recherche complète de la vérité, l’exigence de réparation.

Durant des décennies, la Belgique a eu beau se passionner pour le Congo ou s’en détourner, rien n’y a fait : personne n’a oublié que certains dirigeants de notre pays, en 1960, ont eu les mains sales. Attentifs à leurs intérêts économiques ou géopolitiques, ils ont nié le choix démocratique que les Congolais avaient porté sur la personne de Patrice Lumumba, ils ont décapité une jeune République qui aurait mérité d’être soutenue, dévoyé un processus politique déjà difficilement et précipitamment engagé. Les conséquences de ces choix-là, ce sont les Congolais qui les ont payées, au prix de leur sang, de la confiscation de leurs libertés, de l’effondrement de leur économie et du système social. Nos compatriotes qui, en 1960, furent les inspirateurs actifs et aussi les acteurs de ce hold-up sur l’indépendance du Congo ont connu par la suite non pas les sanctions, mais les honneurs : certains d’entre eux furent mis à l’abri, autorisés à changer de nom dans le cas de feu le capitaine belge qui commandait le peloton d’exécution de Lumumba. D’autres, les responsables aux mains blanches, qui siégeaient dans les conseils d’administration, les ministères ou les états-majors, furent promus, anoblis, protégés jusqu’au bout. Tandis que la famille et les compagnons de Lumumba connaissaient l’exil et la pauvreté, ils terminèrent leur vie dans l’impunité.

La justice, enfin convoquée, va peut-être obliger quelques acteurs de l’année 60 à répondre de leurs actes. Ce sera une bonne chose. Après tout, de quel droit la Belgique, en vertu de la compétence universelle, s’arrogerait-elle le droit de juger le reste du monde tout en s’exonérant de balayer devant sa porte ?

A Kinshasa, la perspective de la réouverture du dossier Lumumba est accueillie favorablement, l’établissement de toute la vérité étant considéré comme le gage d’un nouveau départ des relations belgo-congolaises. Que l’on se méfie cependant : il est d’autres morts, insubmersibles eux aussi et plus récents, dont le souvenir brûlant exige que la lumière soit faite sur les vrais responsables de leur assassinat. Des morts qui n’attendront pas un demi-siècle pour hanter les consciences et miner la vie politique.

Colette Braeckman

Source : www.lesoir.be

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