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Mil : retour vers le futur

dimanche 7 février 2016

Le mil ou “mil à chandelle” (Pennisetum glaucum), cultivé depuis l’époque préhistorique, est une culture robuste et résistante à la sécheresse, très appréciée et importante dans toute l’Afrique australe et le Sahel. De nombreux agriculteurs utilisent des outils manuels élémentaires pour transformer leur récolte en farine consommable. C’est un travail long et laborieux, en particulier pour les femmes qui assument la plupart des autres tâches ménagères.

Néanmoins, le mil est très apprécié pour sa teneur en minéraux essentiels (magnésium, potassium, zinc, etc.) et en éléments nutritifs (vitamine B, acide folique et un acide aminé, la méthionine). Le mil à chandelle est la variété la plus couramment exploitée mais les agriculteurs africains cultivent aussi l’éleusine, le millet commun et le petit mil. Pour produire de la farine de mil de bonne qualité au Sénégal, Compatible Technology International (CTI) a conçu et produit des batteuses et broyeurs manuels qui sont utilisés dans plus de 1 000 collectivités et coopératives agricoles, touchant ainsi près de 14 000 agricultrices.

La batteuse permet la transformation d’un kg de grain en trois minutes, moins de la moitié du temps qu’exige la même opération manuelle. Elle diminue aussi considérablement le gaspillage alimentaire puisque 90 % du grain est conservé. Il faut noter que CTI s’est appuyé sur les avis de femmes dans les groupes de discussion pour redévelopper la batteuse en combinant trois éléments en un seul afin de mieux répondre à leurs besoins. CTI collabore avec un fabricant sénégalais, SISMAR, pour atteindre davantage d’agriculteurs à l’échelle régionale ; la fabrication de cet équipement en Afrique de l’Ouest réduirait son prix de plus de 35 % et créerait des emplois locaux.

Perspectives commerciales

En Namibie, le mil à chandelle est la principale culture produite dans les zones arides du nord du pays. Cette graminée, appelée "mahangu", est consommée sous forme de bouillie ou de boisson fermentée. Bien qu’un marché prometteur se développe à l’heure actuelle pour le mil en Namibie, la chaîne de valeur locale est limitée par le choix des agriculteurs de vendre leur production un an plus tard, par crainte que la récolte suivante soit mauvaise.

D’autres problèmes existent, tel le fait que les consommateurs urbains préfèrent le mil fermenté, qui n’est pas rentable pour de nombreux meuniers en raison du séchage supplémentaire nécessaire, explique Christof Brock, directeur général du Conseil agronomique de Namibie. Environ 600 petits producteurs produisent 1 000 tonnes de mil par an qu’ils vendent à des micro-meuniers. Une minoterie plus importante (quoique travaillant encore à relativement petite échelle), Namib Mills Ltd, propose sa propre marque de produits à base de mil dans les supermarchés locaux et gère des centres de collecte permettant aux agriculteurs de livrer leur récolte. Mais, selon Christof Brock, malgré ces progrès, 3 000 tonnes de mil doivent être importées chaque année pour répondre à la demande nationale de produits à base de mil.

En Tanzanie, l’éleusine est utilisée dans la fabrication de la bière traditionnelle, les aliments du bétail, les brasseries industrielles et divers produits alimentaires transformés, destinés en particulier aux populations urbaines. Une minoterie privée, Nyirefami Ltd, est devenue le numéro un du marché pour la farine de mil produite industriellement et travaille avec au moins 400 petits producteurs. Traditionnellement, ceux-ci conservent leurs semences à partir de leur propre récolte. Les producteurs ayant acheté du matériel de battage obtiennent un prix plus élevé pour leurs récoltes que ceux qui n’en ont pas les moyens, la qualité des produits issus du battage manuel étant inférieure.

Pour garantir un approvisionnement de qualité élevée et constante, Nyirefami a tenté de mettre en place un système d’agriculture contractuelle en fournissant les semences de mil et le matériel de battage aux producteurs. Cette initiative a échoué, les agriculteurs vendant leur production à d’autres acheteurs que la minoterie. Cependant, l’exploitation des équipements de battage a été confiée à un intermédiaire. Désormais, les agriculteurs paient pour le battage de leur mil, mais l’entreprise de transformation leur en offre un prix plus élevé garanti.

Susanna Cartmell-Thorp

Source : http://spore.cta.int/

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