Accueil > Les brèves > L’arbrisseau qui change la vie des paysans sénégalais

L’arbrisseau qui change la vie des paysans sénégalais

dimanche 17 septembre 2017

En Inde, ses feuilles séchées sont utilisées comme soin capillaire ; en Afrique de l’Est, la plante fait office de fourrage ; les Mauritaniens en fument les graines ; et dans les campagnes sénégalaises, où elle est connue sous le nom de leydour, elle est cultivée pour ses vertus médicinales et compense les pertes agricoles dues au changement climatique.

Senna (ou Cassia) italica est une plante vivace à feuilles caduques qui peut-être récoltée tout au long de l’année. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles elle est de plus en plus cultivée dans certaines régions du Sénégal.

Traditionnellement, les paysans du département du Nioro du Rip, dans la région de Kaolack (centre-ouest du Sénégal), cultivent l’arachide, le millet et le maïs, mais les revenus issus de ces cultures sont en recul depuis quelques années. Dans trois villages de la commune de Kaymor, plus de 300 femmes compensent cette baisse en cultivant le leydour à grande échelle.

Bocar Dioum, ancien directeur des services de santé de la commune, se consacre aujourd’hui à des activités de formation agricole dans la région. « Le leydour qui est un facteur de progrès social a radicalement transformé les conditions économique et sanitaire des femmes à Kaymor », a-t-il dit à IRIN. « Devant la chute des rendements agricoles du fait des changements climatiques et le taux élevé de consultations au poste de santé, nous avons trouvé une réponse dans la réhabilitation des plantes médicinales, plus précisément du leydour. »

Une plante multi-usage

Dans la médecine traditionnelle sénégalaise, les feuilles, les cosses et les graines de leydour sont utilisées pour soigner les maux d’estomac, la fièvre, la jaunisse, les maladies vénériennes et les troubles biliaires. La plante est également prescrite en traitement contre les vers intestinaux et ses feuilles sont utilisées en cataplasme pour soigner des problèmes cutanés comme les brûlures et les ulcères.

« Un hectare de leydour rapporte beaucoup plus d’argent que deux hectares de mil et d’arachide réunis avec beaucoup moins d’investissements financiers et d’efforts physiques », a expliqué Cheikh Ndiaye, chef d’un village de la région. « On peut récolter et vendre les feuilles de leydour tous les deux mois alors que le mil ou l’arachide sont saisonniers. Le kilo de leydour est vendu beaucoup plus cher (1500 francs CFA, soit 2,6 dollars) que toutes les autres [cultures commerciales] que l’on retrouve ici. »

Fatou Deme est à la tête d’une association de 115 agricultrices de Keur Samba Dié et de deux autres villages de la commune de Kaymor. « [L]a consommation de cette plante a sensiblement amélioré la santé des populations du village, a-t-elle expliqué. Nous allons de moins en moins en consultation au poste de santé de Kaymor. L’autre avantage est que nous en vendons, et les recettes que nous en tirons nous aident à régler certains besoins sociaux. »

Un secteur touché par le changement climatique

L’agriculture, pilier de l’économie rurale sénégalaise, a été fortement affectée par le changement climatique, et la situation à peu de chances de s’améliorer. D’après Ibrahima Hathie, directeur de recherche à l’Initiative Prospective Agricole et Rurale, un institut dakarois de recherche et de formation en agriculture, les températures dans le centre du Sénégal devraient augmenter de 1,5 à 1,75 degré d’ici 2050, tandis que les précipitations devraient diminuer de 20 à 30 pour cent.

« Les populations sahéliennes vivent au quotidien les impacts […] du changement climatique qui sont ressentis sur la sécurité alimentaire, sur l’accès à l’eau des populations et sur la dégradation des écosystèmes, » a dit Souleymane Diallo, directeur de cabinet du ministère de l’Environnement et du Développement durable. « Il est ainsi nécessaire de prendre rapidement des mesures […] pour limiter l’impact du changement climatique sur l’agriculture et ses conséquences en termes de sécurité alimentaire et nutritionnelle (…) »
...

Voir en ligne : Irinnews

SPIP | | Plan du site | Les brèves Flux des articles | Suivre la vie du site Flux des brèves

Thème créé par : Kozlika sous GPL. Squelette et thème adaptés par André Petithan.

Soutenir par un don